SF ou fantastique ?

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Damasio : 1. Désigner les personnages

Les livres de cet écrivain regorgent de personnages hauts en couleurs, dotés d’un caractère et d’une histoire particuliers. Mais ce qui est le plus frappant, surtout lorsqu’on commence par La Horde du Contrevent, c’est la manière qu’a l’auteur de les désigner.

La plupart des auteurs utilisent un nom de famille, avec un prénom dans le meilleur des cas ; mais Alain Damasio, non. C’est comme s’il refusait de donner une identité habituelle, banale à ses personnages.

Les symboles

Dans La Horde du Contrevent, les personnages ont un nom et un prénom certes, mais ils ont surtout un symbole pour être identifiés, et l’auteur met l’accent dessus en les présentant avant même de commencer l’histoire.


Ensuite, la correspondance entre le personnage et son symbole sera une des clefs de compréhension du roman puisque celui-ci est polyphonique : chaque personnage intervient et seul son symbole permet de l’identifier (du moins au début du roman, ensuite le style aide beaucoup).
On peut aussi remarquer que même si les personnages ont nom et prénom (pour la plupart d’entre eux), ceux-ci sont souvent imaginaires, ou du moins c’est ainsi qu’ils apparaissent à nos yeux d’Occidentaux.

Les lettres

Mais la manière la plus extrême qu’ait trouvé l’auteur pour désigner ses personnages, ce sont les lettres, dans La Zone du Dehors. Des lettres de l’alphabet, qui ne créent pas de nom véritable mais qui désignent le rang social : plus on est proche du A et loin du ZZZZ, plus on tient un rang élevé dans la société. Et, summum de l’horreur, non seulement ces lettres sont données à la naissance en lieu et place d’un vrai nom, mais en plus elles changent en fonction des évolutions professionnelles et sociales : les personnages ne peuvent même pas s’y identifier, s’en servir comme point de repère. Pour le lecteur, c’est comme si les personnages recevaient un numéro à la naissance, et en changeaient sans forcément le vouloir. Cette dictature imaginée dans La Zone du Dehors, c’est presque comme les camps de concentration : elle nie le droit des gens à avoir une identité, à se l’approprier.

Les surnoms

C’est le grand plaisir de l’auteur : donner des surnoms à ses personnages, fabriqués à partir de leur nom, de leur caractère, des lettres qui constituent leur identité dans La Zone du Dehors. Un de mes préférés est « Tas de briques » pour désigner Brihx : c’est à la fois affectueux et imagé parce qu’on imagine effectivement un grand gaillard costaud.

Dans la première nouvelle du recueil, « Les Hauts© Parleurs© » , les personnages ne sont presque jamais désignés autrement que par leur surnom. On dirait que pour l’auteur, cette manière de nommer quelqu’un est plus authentique que de l’appeler par son nom.

Les marques

Dans « Le bruit des bagues », Sony et Loréal (« J’ai échappé à Barilla ») ont hérité de marques en guise de prénom afin que leurs parents puissent recevoir des cadeaux de la part desdites marques. Spontanément, on peut se dire que l’auteur exagère – donner un nom de marque à son enfant uniquement pour recevoir des cadeaux ! Puis, réflexion faite, est-ce à ce point invraisemblable que ce genre d’opérations publicitaires finisse par se produire ?


Création : 10/09/2015
MàJ : 09/10/2015

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